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Ce que coute vraiment une permanence d appels de trois jours
Une permanence d appels ne se voit pas dans le budget: elle est payee en heures d agents, en deplacements, en soirees d elus et en reconstitution de listes. Voici comment la chiffrer poste par poste, avec une methode que vous pouvez appliquer aux effectifs de votre commune.
Mis à jour le , par Jimenez Julien, auteur de Veilleor.
Quand la vigilance orange tombe, vous n’avez pas le temps d’ouvrir un tableur. Le lendemain, on vous demandera combien de personnes ont été jointes, qui est allé en visite et ce que cela a mobilisé. Chiffrer d’abord en heures, puis convertir en euros, permet de répondre clairement devant le maire et devant le bureau.
Voici une méthode pas à pas, adossée à un scénario explicite, pour isoler les postes consommateurs et comparer une organisation manuelle à une organisation outillée. Remplacez chaque hypothèse par vos paramètres et obtenez un chiffrage opposable.
Poser des hypothèses explicites avant de chiffrer
Les paramètres à fixer: personnes inscrites, appelants, durée
Hypothèse de travail à adapter: commune de 9 000 habitants, 192 personnes inscrites au registre nominatif des personnes âgées, handicapées et isolées, cinq appelants mobilisés, épisode de trois jours avec deux vagues quotidiennes. On fige pour la simulation des durées moyennes réalistes:
- Appel abouti: 3 minutes, note incluse.
- Tentative sans réponse: 1 minute 30, horodatage inclus.
- Visite à domicile complète: 70 minutes, trajets et compte rendu compris.
- Réunions de coordination: trois points par jour, matin, midi, soir.
Ces valeurs ne sont là que pour illustrer la méthode; remplacez-les par vos moyennes et documentez-les. Pour la veille saisonnière, l’hypothèse-clé n’est pas le nombre d’appels par vagues, mais le nombre de tentatives avant réponse, qui déclenche rappels et visites.
Pourquoi on raisonne en heures avant de raisonner en euros
L’unité sûre, c’est l’heure. Chaque collectivité a son coût horaire chargé (statuts, cycles, majorations d’astreinte/soirée). La conversion en euros se fait à la fin, en appliquant le coût horaire chargé de la collectivité, conformément au principe d’équilibre réel du budget (article L. 1612-2 du code général des collectivités territoriales). Les heures permettent aussi de comparer des organisations sans biaiser le débat.
Poste un: la remise en état du registre avant la saison
Le temps de vérification par fiche
Quand le registre n’est pas tenu en continu, il faut le remettre à niveau avant la première vigilance orange de Météo France ou le plan grand froid. Dans notre scénario, on compte, par fiche, un appel de vérification de l’aidant référent ou de la personne, la mise à jour des champs utiles et, au besoin, une radiation. Hypothèse: 8 minutes par fiche pour appel et saisie, 20 pour cent des fiches avec un deuxième appel court de 3 minutes, 10 pour cent avec radiation de 5 minutes. Pour 192 fiches, cela représente environ 31 heures cumulées.
Ce chiffrage inclut la vérification de l’autonomie, de l’accès au logement, de la présence d’un double des clés, du médecin traitant et des contre-indications, ces champs conditionnant plan d’appel et escalade. Si vous procédez par formulaires papier, ajoutez numérisation et indexation. La remise à jour du registre nominatif communal, fiche par fiche, évite d’avoir à tout refaire la veille d’une alerte.
Le coût caché d’une reprise annuelle répétée
Ce poste revient chaque année si le registre n’est pas alimenté au fil des inscriptions, déménagements et décès, alors que l’article L. 121-6-1 du code de l’action sociale et des familles impose l’information annuelle de la population. La répétition ajoute des heures invisibles et mobilise des agents à l’aise avec la confidentialité et la saisie. Une organisation outillée, qui tient le registre en continu et pilote la campagne d’information depuis le même écran, réduit fortement cette reprise.
Poste deux: les heures d’appel pendant l’épisode
Durée moyenne d’un appel abouti et d’une tentative sans réponse
On multiplie nombre de personnes, nombre de vagues utiles et durée moyenne par tentative. Dans notre scénario, moyenne quotidienne par personne: 3 minutes d’appel abouti et 0,6 tentative sans réponse à 1 minute 30. Soit 3,9 minutes par personne et par jour. Sur trois jours, 11,7 minutes par personne, donc environ 37,5 heures pour 192 personnes, horodatage et note d’escalade inclus.
Les tentatives infructueuses consomment du temps et conditionnent la suite. Sans trace, impossible d’identifier deux non-réponses successives. Posez et documentez clairement votre ratio tentatives abouties/sans réponse issu du dernier épisode. À l’échelle d’une commune moyenne, quelques secondes par appel font basculer plusieurs heures sur trois jours.
L’effet des rappels sur le volume total
Deux vagues quotidiennes impliquent des rappels l’après-midi pour ceux sans réponse le matin. Chaque rappel est court mais pèse. Le 0,6 tentative sans réponse par jour de la simulation intègre ces rappels et les appels à l’aidant référent quand il est identifié. Si vous organisez deux rappels systématiques avant visite, le volume total d’appels peut augmenter d’un quart à un tiers selon les cas, sans changer le nombre de personnes. D’où l’intérêt d’un plan d’appel outillé qui stoppe automatiquement les rappels dès qu’un contact utile est obtenu.
Poste trois: les déplacements et les visites à domicile
Temps de trajet et temps sur place
La visite à domicile se déclenche après échec des tentatives, selon l’escalade de votre plan communal de sauvegarde. Pour la chiffrer, détaillez trajet aller, accès (étage, interphone, ascenseur), échanges avec un voisin ou l’aidant, vérification sur place et consignes, retour puis compte rendu. Nous retenons 70 minutes par visite dans le scénario. Pour 12 visites sur l’épisode, on obtient 14 heures d’agents.
Cette moyenne varie selon la taille de la commune, l’habitat diffus et la disponibilité des clés. Dix minutes perdues à chercher un interphone ou un ascenseur non mentionnés deviennent deux heures quand on multiplie par les visites et par les jours. D’où la nécessité de maintenir à jour les champs accès au logement, étage et ascenseur, et clef confiée.
Véhicule, carburant et binôme pour les situations sensibles
Pour les situations médicalement sensibles, certaines visites se font à deux, ce qui double les heures imputées. Dans notre hypothèse, quatre visites sur douze mobilisent un binôme, soit 4,7 heures supplémentaires. Ajoutez, hors tableau en heures, le coût d’usage du véhicule communal selon votre barème interne. Une fiche personne complète, avec aidant et médecin traitant identifiés, réduit les allers-retours et les faux trajets.
Poste quatre: la coordination, les élus et le compte rendu
Les réunions de début et de fin de journée
Heures peu visibles mais réelles: brief du matin, point de mi-journée, recollement du soir, arbitrages d’escalade, puis mobilisation d’un élu d’astreinte quand il faut trancher. Pour cinq appelants et un encadrant, un brief de 30 minutes, un point court de 15 minutes et un debrief de 45 minutes représentent 9 heures cumulées par jour, soit 27 heures sur trois jours.
Un registre nominatif à jour et un plan d’appel clair réduisent nettement le temps d’alignement quotidien, car les priorités sont posées d’avance et partagées. Notre comparatif en fin d’article illustre cet effet d’organisation sur les heures de coordination.
La ressaisie du soir et la rédaction du compte rendu
Si les tentatives et issues ne sont pas horodatées au fil de l’eau, il faut ressaisir les notes papier et les tableurs pour produire un compte rendu par personne et par commune. Notre simulation retient 2 heures de ressaisie par jour, plus 1 h 30 pour finaliser un compte rendu consolidé transmissible au préfet et à l’agence régionale de santé. Soit 7 h 30 sur l’épisode, qui disparaissent presque entièrement quand la trace est produite pendant l’appel.
Ce poste est celui où l’organisation outillée apporte l’économie la plus immédiate: pas de double frappe, pas de consolidation nocturne, un journal horodaté prêt pour le maire et pour la préfecture. Voir aussi les fautes qui coûtent cher lors d’une permanence d’appels pour éviter doublons et trous de traçabilité.
Poste cinq: ce que coûte l’absence de preuve
La réponse à une famille ou à une demande de la préfecture
Le coût différé pèse quand il faut répondre à une famille, à un élu ou à une demande formelle de la préfecture. Sans journal horodaté et opposable, vous partez à la chasse aux traces: qui a appelé, à quelle heure, avec quel résultat. Une commune peut s’en sortir une fois, rarement deux, sans y laisser des heures invisibles.
Un registre tenu en continu et un compte rendu structuré par personne, par journée et par commune permettent de répondre en quelques minutes, sans re-solliciter les agents. Quand la preuve est prête, la charge mentale baisse côté agents et côté direction, utile en plein mois d’août.
Le temps passé à reconstituer ce qui n’a pas été noté
Reconstituer une journée, c’est fouiller les agendas, rappeler des agents en congés, retrouver un bénévole, puis rédiger une note tardive et prudente. Ce temps est mal vécu et impossible à provisionner. On ne l’intègre pas dans le tableau chiffré, trop variable d’un épisode à l’autre, mais il existe. Le risque principal n’est pas budgétaire: c’est de ne pas pouvoir prouver que la commune a fait ce qu’elle devait, dans le cadre du dispositif de gestion sanitaire des vagues de chaleur ou du plan communal de sauvegarde.
Le tableau récapitulatif et la comparaison avec une organisation outillée
Le tableau ci-dessous reprend les cinq postes de la permanence d’appels, en heures cumulées sur trois jours, pour notre hypothèse de travail, avec, à droite, une organisation outillée qui tient le registre toute l’année, génère un plan d’appel par vagues et horodate chaque tentative. Remplacez ces valeurs par vos durées observées.
| Poste | Organisation manuelle, heures | Organisation outillée, heures |
|---|---|---|
| 1. Remise en état du registre | 31,0 | 10,0 |
| 2. Heures d’appel pendant l’épisode | 37,5 | 34,0 |
| 3. Déplacements et visites à domicile | 18,5 | 14,0 |
| 4. Coordination et compte rendu | 34,5 | 19,5 |
| 5. Absence de preuve, reconstitutions | variable | marginal |
| Total hors poste 5 | 121,5 | 77,5 |
Pour convertir en euros, multipliez par votre coût horaire chargé, différent pour agents, élus indemnisés et bénévoles éventuels. Cette conversion locale respecte le cadre de l’article L. 1612-2 du code général des collectivités territoriales. Pour confronter méthodes et limites, voyez aussi Tableur, listes papier ou plan d’appel outillé.
Conclusion: un chiffrage opposable, puis l’outillage qui prouve
Poser vos hypothèses, compter en heures, puis convertir en euros permet d’expliquer ce que coûte vraiment une permanence de trois jours. Dans la plupart des communes de 3 500 à 30 000 habitants, les postes les plus lourds sont la remise en état du registre et la coordination, ressaisie comprise. Une organisation outillée réduit ces postes et apporte surtout la preuve, indispensable pour répondre au préfet et aux familles, en cohérence avec l’article L. 121-6-1 du CASF. Si vous souhaitez évaluer le passage à un registre tenu en continu, un plan d’appel par vagues et un compte rendu horodaté, voyez le registre nominatif et le plan d’appel dans Veilleor.
Préparer votre prochaine période de vigilance
Décrivez votre commune ou votre territoire en quelques lignes. Vous recevez une réponse écrite, puis une démonstration de quarante minutes menée sur vos propres listes, vos propres seuils d’escalade et le calendrier qui correspond à votre vote de budget.
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L’auteur de cet article
Jimenez Julien
J’ai passé plusieurs saisons dans des secrétariats de mairie et des centres communaux d’action sociale à regarder tenir le registre nominatif des personnes âgées, handicapées et isolées, puis les permanences d’appels des épisodes de vigilance. J’écris seul Veilleor, du registre au compte rendu remis au préfet, et je réponds moi même aux questions des équipes qui s’en servent.
Lire le parcours de Jimenez Julien et les convictions produit de Veilleor
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Le plan communal de sauvegarde s est elargi, l exercice est devenu une obligation periodique, l echelon intercommunal monte en charge et la preuve ecrite est desormais attendue apres chaque episode.
Le registre nominatif communal repose sur une inscription volontaire, et non sur un recensement.
Trois communes de taille voisine tiennent la meme vague d appels de trois manieres: un tableur partage, des listes papier reparties en reunion, un plan d appel outille sur telephone.